Aumônerie lycée : laïcité — pourquoi ton aumônerie a le droit d'exister
Lycée · Temps ordinaire
Objectif
Donner aux lycéens des repères exacts sur la laïcité, souvent mal connue des croyants comme des non-croyants. Comprendre pourquoi les aumôneries de l'enseignement public existent légalement, ce qu'un élève croyant peut faire ou non dans son lycée, et découvrir la laïcité comme une garantie de liberté plutôt que comme une menace.
Repères
- 1882 — La loi Ferry rend l'enseignement primaire public laïque et libère un jour par semaine pour que les parents qui le souhaitent fassent donner l'instruction religieuse en dehors de l'école (aujourd'hui article L141-3 du Code de l'éducation). C'est l'origine du jeudi, puis du mercredi, du caté.
- 1905 — La loi de séparation des Églises et de l'État. Article 1 : la République « assure la liberté de conscience » et « garantit le libre exercice des cultes ». Article 2 : elle ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte, mais prévoit une exception pour les services d'aumônerie dans les « lycées, collèges, écoles, hospices, asiles et prisons ».
- 1958 — La Constitution : la France est une République laïque, qui « respecte toutes les croyances » (article 1).
- Le Code de l'éducation — L'État prend les dispositions utiles pour assurer aux élèves de l'enseignement public « la liberté des cultes et de l'instruction religieuse » (article L141-2). Dans les établissements avec internat, une aumônerie est instituée à la demande de parents d'élèves (R141-2) ; les établissements sans internat peuvent aussi en être dotés à la demande de parents (R141-4). Les frais sont à la charge des familles (R141-7).
- 2004 — La loi du 15 mars interdit aux élèves des écoles, collèges et lycées publics les signes ou tenues par lesquels ils manifestent ostensiblement une appartenance religieuse. Les signes discrets restent permis, et la loi prévoit d'abord un dialogue avec l'élève.
- 2013 — La Charte de la laïcité à l'École, affichée dans les établissements, protège les élèves « de tout prosélytisme et de toute pression » et précise qu'aucun élève ne peut invoquer ses convictions pour contester un enseignement au programme.
- La neutralité s'impose à l'État et à ses agents (enseignants, surveillants, personnels), pas aux élèves, qui gardent leur liberté de conscience et d'expression dans le respect des règles de l'établissement.
- L'Alsace et la Moselle relèvent d'un régime particulier, hérité du Concordat : l'enseignement religieux y figure dans les horaires des écoles publiques, avec possibilité de dispense.
Texte biblique
Marc 12, 13-17 — À ceux qui veulent le piéger sur l'impôt dû à l'empereur, Jésus répond : « Ce qui est à César, rendez-le à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. » (AELF.)
Matériel
- 10 affirmations pour le débat mouvant ; deux panneaux « Vrai » et « Faux » aux deux bouts de la salle
- 6 cartes de cas pratiques
- Une frise chronologique vierge ; le texte de Mc 12, 13-17
- Facultatif : la Charte de la laïcité à l'École imprimée
Déroulé
Débat mouvant — Vrai ou faux ? — 15 min
Chaque affirmation est lue ; les jeunes se déplacent vers « Vrai » ou « Faux », et quelques-uns justifient :
- La laïcité interdit de parler de religion au lycée. (Faux.)
- Un professeur peut porter une grande croix bien visible pendant ses cours. (Faux : devoir de neutralité des agents.)
- Un élève peut porter une petite médaille ou une petite croix. (Vrai : signe discret.)
- La loi de 1905 parle des aumôneries. (Vrai : article 2.)
- Un lycée avec internat peut refuser l'aumônerie demandée par des parents. (Faux : elle est instituée.)
- L'aumônerie est payée par l'Éducation nationale. (Faux : les frais sont à la charge des familles.)
- En cours d'histoire, on peut étudier la naissance du christianisme. (Vrai.)
- Un élève peut refuser un cours de SVT pour raisons religieuses. (Faux.)
- En Alsace, il y a des cours de religion dans les écoles publiques. (Vrai.)
- La laïcité a été inventée d'un coup en 1905. (Faux : elle s'est construite par étapes, au moins depuis les années 1880.)
Repères — 25 min
Construire la frise ensemble avec les dates clés. S'arrêter sur trois idées :
- La laïcité est d'abord une liberté : celle de croire, de ne pas croire, de changer de religion.
- La neutralité concerne l'État et ses agents, pas les élèves.
- L'aumônerie n'est pas tolérée par faveur : elle est prévue par la loi, pour tous les cultes dont des familles la demandent.
La Parole — 15 min
Lire Mc 12, 13-17. Les adversaires de Jésus lui tendent un piège : s'il dit de payer l'impôt, il passe pour un collaborateur de l'occupant romain ; s'il refuse, pour un rebelle. Sa réponse distingue deux ordres sans les opposer. On y voit souvent l'une des sources lointaines de la distinction entre pouvoir politique et religion. Question : dans ma vie, qu'est-ce qui revient à « César », et qu'est-ce qui revient à Dieu ?
Cas pratiques — 25 min
En petits groupes, chaque groupe reçoit deux cas et dit ce qui est permis, interdit ou à discuter, en s'appuyant sur les repères :
- Un ami t'interroge sur ta foi pendant la récré et tu lui réponds. (Permis : liberté d'expression.)
- Des élèves insistent lourdement auprès d'un camarade pour qu'il vienne à leur groupe de prière. (Interdit : c'est une pression.)
- Ta professeure de français fait étudier un récit de la Bible. (Permis : étude du fait religieux.)
- Une élève veut quitter un cours sur l'évolution pour raisons religieuses. (Interdit.)
- Un élève interne demande où se réunit l'aumônerie de son lycée. (L'aumônerie y a sa place dès que des parents l'ont demandée.)
- Un élève porte un sweat avec un très grand symbole religieux. (À discuter : la loi vise les signes ostensibles ; en cas de doute, le chef d'établissement apprécie, après dialogue avec l'élève.)
Mise en commun.
Envoi — 10 min
Question finale : « La laïcité, menace ou chance pour les croyants ? » Faire émerger qu'elle protège la liberté de tous, y compris celle de croire et de se réunir. Prière pour la communauté éducative du lycée : élèves, professeurs, personnels. Notre Père.